Petit détour dans le finistère où le mythe de Saint Pol est étroitement lié au dragon de l’Ile de Batz. Pol Aurélien (492-572), moine originaire du sud du Pays de Gaulles, décide de s’embarquer pour l’Armorique en vue d’évangéliser des contrées encore païennes. Accompagné d’une douzaine de moines, il accoste d’abord à l’île d’Ouessant, puis à Melon.
Lors de ses passages à Lampaul-Ploudalmézeau, Lampaul-Plouarzel … il fonde des monastères et paroisses. Il arrive à Occismor (Saint-Pol-de-Léon) et découvre que le chef n’est autre que son lointain cousin de Cornouaille : le comte Withur. Ce dernier vit dans l’île de Batz, au large de Roscoff. C’est là que Pol fonde son nouveau monastère. Mais l’île est habitée par un funeste dragon qui terrorise et anéantit la population. Bien décidé à en débarrasser l’île, Saint Pol revêt ses habits sacerdotaux et, accompagné d’un vaillant garçon du pays, nommé Nuz, il se dirigea vers l’antre du monstre et lui ordonna de sortir. Le dragon furieux poussa d’abominables sifflements et s’avança vers eux. Pol passa son étole autour du cou de la bête malfaisante qui, mystérieusement, se mit à suivre l’homme comme un petit chien qu’on mènerait en laisse. Le Saint homme se dirigea alors avec l’animal jusqu’à la pointe nord de l’île, au « Trou du Serpent » (Toull ar Zarpant) et lui ordonna de se jeter dans les flots.
Il convient de dire que dans les faits, le dragon a pu être un serpent de grande taille.
Objet de culte, le dragon est omniprésent dans les légendes de presque toutes les cultures antiques. Au travers de celles-ci, cet animal possède différentes significations : vénéré et considéré comme la puissance du ciel en Orient, il est par contre associé à la terreur, aux forces naturelles et dangereuses, en Occident. Il est relié aux quatre éléments de la tradition occidentale : la terre, l’eau, le ciel et le feu.
Ainsi, symbolisé par un gigantesque serpent ou reptile, le dragon trouve refuge dans les grottes, les cavernes, les mers et les fleuves. Pourvu d’ailes, il hante aussi le ciel. Quant à la manifestation de sa colère, les récits le décrivent le plus souvent crachant le feu. Le combat auquel se livre le héros – un saint ou un chevalier – contre cette créature horrifiante, est l’évocation de la lutte des hommes contre les éléments et la nature hostile qu’il faut maîtriser. A l’issue du duel, on représente souvent la victoire de l’homme sur l’animal. D’un point de vue spirituel, le combat contre le dragon constitue une épreuve initiatique : le héros se réalise entièrement et atteint la reconnaissance éternelle des populations délivrées.
Le plus souvent, le dragon est chassé et renvoyé dans son élément d’origine, avec ordre de ne plus en sortir. Parfois même, il est dompté car ses forces, si puissantes soient-elles, peuvent être mises à contribution (Sainte Marthe dompta « La Tarasque », un dragon moitié animal - moitié poisson, plus épais qu’un bœuf et plus long qu’un cheval, qui hantait le Rhône et se plaisait à faire chavirer les navires).
Publié par Sonia / Lundi 11 juin 2007